Un passé présent
Comprendre l'héritage pour agir avec justesse
Au Québec, les événements récents ont mis en lumière l'urgence de repenser la relation entre les services publics et les peuples autochtones. La Commission Viens, créée en 2016, a révélé des réalités troublantes, en particulier dans les services policiers, et a lancé un appel clair à une transformation durable.
Le Service de police de la Ville de Gatineau répond à cet appel par cette expérience, conçue en collaboration avec des partenaires autochtones. Elle vise à offrir un espace de réflexion, à renforcer nos compétences et à encourager des pratiques professionnelles respectueuses et sécurisantes.
À l'aide de données, de faits historiques et de témoignages, cette expérience propose un regard lucide sur le passé pour mieux comprendre les enjeux actuels.
Nous vous invitons à l'aborder avec ouverture, humilité et engagement.
Avant d'aller plus loin
Un langage commun
Autochtones
Le terme « Autochtones » désigne les premiers peuples d'Amérique du Nord et leurs descendants. La Constitution canadienne reconnaît 3 groupes de peuples autochtones :

Premières Nations

Métis

Inuits
Ces 3 groupes distincts ont leur propre histoire ainsi que leurs propres langues, croyances et pratiques culturelles.
11 nations autochtones du Québec
autochtones
du Québec

Il est temps de faire un saut en arrière.
Premiers
événements
marquants
1763-1876
Entente et co‑existence

La publication de la Proclamation royale établit les éléments essentiels de la relation entre les Premières Nations et la Couronne.

- 1
La reconnaissance des droits ancestraux au Canada.
- 2
Le fondement du processus de création de traités.
L’union d’un pays,
la fracture d’un peuple
Le 1er juillet 1867, l’Acte de l’Amérique du Nord britannique entre en vigueur afin de créer le
dominion du canada

L'Acte octroie au gouvernement fédéral l'autorité légale sur les Indiens et sur les terres leur étant réservées.
En l'espace de 60 ans les peuples autochtones passent de
Partenaires
du gouvernement à...
à remplacer
La loi sur les Indiens

Autrefois l’Acte des Sauvages, la Loi sur les Indiens renforce le contrôle gouvernemental sur les Premières Nations, définissant une personne comme « quelqu’un qui n’est pas un Indien ».
Le gouvernement impose
un régime de tutelle
pour forcer l'assimilation des Autochtones à la société canadienne.
En savoir plus sur la Loi sur les IndiensQuand l'état décide,
L'identité d'un
peuple se perd
1883-1990
Le gouvernement souhaite que les communautés autochtones renient leur culture pour devenir anglicanes et protestantes ou francophones et catholiques, selon la province dans laquelle elles se trouvent.
Le gouvernement met alors en place divers moyens pour y arriver. Officiellement, l’objectif de ces établissements est d’éduquer les jeunes autochtones. En réalité, il s’agit surtout d’une grande campagne d’assimilation visant différentes populations autochtones du Canada.





DES MILLIERS D’ENFANTS
sont enlevés de force à leur famille pour être «rééduqués» dans des pensionnats dirigés par l’Église.

Le pensionnat devient
un passage obligé
Afin de combattre la frustration grandissante des autorités devant le peu de fréquentation des pensionnats, la Loi sur les Indiens est amendée.
Elle oblige la présence de tous les enfants autochtones 7 À 15 ans
La GRC arrache de force les enfants à leur famille, détruisant familles et communautés.
Les enfants quittent au début de l’année scolaire et ne reviennent parfois qu'à Noël ou en juin.






Briser pour
mieux
contrôler
1957-1981
Massacre des chiens de traîneau inuits
La survie des Inuits au nord était rendue possible par leurs chiens de traîneau.
Dans les blizzards les plus féroces, lorsque même les sens les plus aiguisés de l'homme pouvaient faillir, ces compagnons ne perdaient jamais la trace de leur destination.
Ils étaient considérés comme des membres à part entière de la famille.
Un jour, sans avertissement, la GRC abat plus de 20 000 chiens de traîneau inuits.
Leur mode de vie est détruit, les forçant à la sédentarisation.
La vie sociale se dégrade, faisant sombrer plusieurs dans l'alcoolisme et la violence. C'est le début de leur dépendance aux structures gouvernementales.
Tragédie de
Saint‑Michel‑des‑Saints
En pleine nuit, un véhicule de 7 personnes dont 5 Atikamekw de Manawan et 2 blancs, s’écrase dans une rivière, causant la mort des
cinq Atikamekw



les deux hommes blancs
survivent, dont le conducteur intoxiqué par l’alcool.
8 heures
passent avant qu’ils ne décident d’alerter la police. Malgré que le coroner conclu à un acte criminel, aucune accusation n'est déposée par la Sûreté du Québec.

Crise du saumon à Listuguj

Le gouvernement interdit aux Micmacs de pêcher le saumon dans leur propre rivière.
Environ 500 policiers prennent d'assaut la réserve pour priver ses membres de leur droit ancestral.
Ils saisissent le poisson, détruisent les équipements de pêche, frappent et arrêtent plusieurs pêcheurs.
Affirmation et revendications
Les Autochtones
ont des droits
1985-1996
Amendements à la Loi
sur les Indiens
Les articles les plus discriminatoires de la loi sont modifiés et supprimés. Il n'est plus illégal pour les Indiens de pratiquer leurs coutumes et leur culture (danses, cérémonies… etc).
Jusqu’ici, une femme autochtone qui épousait un non-autochtone perdait son statut d’Indienne. La loi change en 1985, permettant à des milliers de femmes et d’enfants autochtones de retrouver leur statut.

La crise d’Oka
Le projet d’agrandissement d’un terrain de golf et de construction de condominiums sur des terres sacrées mohawks mène à un face-à-face avec la police et l’armée canadienne.
Le saviez-vous? Cette confrontation a mené à la mort d’un policier, ce qui a profondément marqué l’ensemble du corps policier.
Après des mois de tensions,
le projet est abandonné,
mais les cicatrices restent.
et les perceptions demeurent












Fermeture du dernier pensionnat autochtone

Le dernier pensionnat ferme ses portes, mais les
traumatismes
intergénérationnels
subis suite aux abus verbaux, physiques et sexuels, sont encore bien présents.
Un système qui continue de détruire des individus et des familles.
+130
pensionnants ont opéré au Canada entre 1831 et 1996.
150 000
enfants autochtones ont fréquenté ces institutions.
6000
enfants y sont décédés, bien que ces chiffres restent incomplets.
En quête de justice
La reconnaissance
des torts causés
1985-1996
Excuses officielles du
gouvernement canadien
Le premier ministre Stephen Harper reconnaît officiellement le tort causé par les pensionnats. Un geste historique. Mais pour les survivants du drame, les mots et les compensations financières ne suffisent pas.
Statement du premier ministre Stephen Harper
En savoir plus sur les excuses officielles du gouvernement canadienCommission de vérité et
réconciliation

De 2008 à 2015, une Commission de vérité et réconciliation est organisée, l’objectif étant de documenter l’histoire et l’impact majeur des pensionnats canadiens sur les familles et leurs enfants.


En savoir plus sur la Commission de vérité et réconciliationEn juin 2015, après plus de 7000 témoignages, un rapport conclut que les pensionnats ont été un « génocide culturel ».
La Commission propose 94 appelsà l’action pour favoriser la réconciliation entre les Canadiens et les communautés autochtones.
Crise de Val-d’Or et Commission Viens
Des femmes autochtones témoignent de violences sexuelles et physiques subies de la part de policiers québécois. Une enquête a lieu mais aucune accusation n’est retenue. La confiance est difficile à rétablir.
En savoir plus sur la Crise de Val-d'Or
On découvre ensuite la pratique dite « cure géographique », communément appelée « starlight tours » ou « drop l’itinérant ».
Plusieurs femmes agressées physiquement et sexuellement, rapportent avoir été abandonnées en forêt à plusieurs kilomètres de la ville dans des conditions climatiques extrêmes.

142
mesures
concrètes
En 2019, le rapport de la Commission Viens est publié proposant des mesures concrètes à mettre en place

Journée nationale de
sensibilisation aux femmes,
aux filles et aux personnes
2SLGBTQIA+ autochtones
disparues et assassinées


En 1992, Cheryl Ann Joe, une femme autochtone de 26 ans, est assassinée. Son corps est abandonné dans un terrain de stationnement à Vancouver.
Le 5 mai 2002, Lisa Marie Young, une femme autochtone de 21 ans disparait à Nanaimo en Colombie-Britannique, elle n’a jamais été retrouvée.
En 2014 Loretta Saunders, une étudiante inuite de Halifax, a été assassinée par ses colocataires Blake Leggette et Victoria Henneberry, après avoir réclamé un loyer impayé. Son corps a été retrouvé le long de l'autoroute au Nouveau-Brunswick.
Comme elles, on compte des milliers de femmes et filles autochtones assassinées ou disparues. Une crise ignorée pendant des décennies.
Cette journée de commémoration et d’action fait suite à différentes initiatives mises en place pour dénoncer la violence disproportionnée touchant les femmes et filles autochtones au Canada.
Cette journée est un temps pour
se souvenir
dénoncer
agir









4000
femmes et filles
disparues et assassinées, d’après une recherche de l’AFAC*
12 fois
plus
Les femmes et les filles autochtones sont 12 fois susceptibles d’être assassinées ou portées disparues que toute autre femme au Canada.
16 fois
plus
que les femmes caucasiennes.
La robe
rouge
suspendue dans le silence, incarne les voix absentes des femmes et filles autochtones, un symbole emblématique exigeant que leur histoire soit entendue et leur dignité restaurée.
Des tensions
encore
d'actualité
2019-2020
Derniers cas
documentés de
stérilisation imposée
La stérilisation de femmes autochtones
sans leur consentement est un
crime eugénique
encore présent en 2019.
55 CAS
Une enquête révèle que plus de 55 femmes autochtones ont été stérilisées sans leur accord au Québec.
On soupçonne qu’il y a eu des milliers de victimes à l’échelle du pays. Plusieurs femmes ont réalisé qu’elles avaient été stérilisées seulement plusieurs années après l’acte.
Justice pour Joyce

Son cas a mené à la création du «Principe de Joyce» pour garantir un accès équitable et sans discrimination aux services de santé pour tous les Autochtones, assurant leur droit à la meilleure santé possible.
Blocage de la réserve faunique La Vérendrye

Les Algonquins bloquent des routes pour exiger l’arrêt de la chasse sportive à l'orignal


Leur objectif : protéger une ressource essentielle à leur culture et à leur mode de vie
Le chemin
de la
réconciliation
2021-2023
Sombres découvertes

215
tombes
En 2021, la découverte des tombes de 215 enfants autochtones près de l’ancien pensionnat de Kamloops en Colombie-Britannique bouleverse tout le pays. Cet événement marque le début d'une longue série de fouilles. On découvre plusieurs centaines de tombes dans différents pensionnats à travers le Canada. Les recherches se poursuivent à ce jour.





En réponse, le gouvernement fédéral proclame le 30 septembre comme la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, coïncidant avec la Journée annuelle du chandail orange du mouvement Every Child Matters.

Le chandail
orange
Ce symbole trouve ses origines dans l’histoire de Phyllis Webstad. Il s’agit d’une jeune fille qui portait fièrement son chandail orange, un cadeau de sa grand-mère, lors de sa première journée au pensionnat de Williams Lake. Le personnel l’a dépouillé de ses affaires, lui a coupé ses cheveux et lui a confisqué tous ses vêtements, y compris son chandail orange.
Un nouveau nom pour
la rue Amherst
à Gatineau
La ville de Gatineau rebaptise la rue Amherst, du nom d’un général britannique
Il est accusé d’avoir suggéré l’utilisation de la variole comme arme biologique contre les Autochtones par la distribution de couvertures infectées.
Amherst est connu pour sa haine à l'égard des peuples autochtones et incarne l’attitude déshumanisante des colonisateurs envers eux.
La nouvelle appellation de la rue, Wigwàs, signifie « Bouleau blanc » en anishinabeg. Cette modification vient reconnaître la grande contribution de la communauté anishinabeg de Kitigan Zibi en Outaouais.

Le passé de contrôle et de ruptures entre les forces de l’ordre et les peuples autochtones influence encore la confiance actuelle. Il est donc normal que les communautés autochtones aient des perceptions et des réactions fortes, ancrées dans une histoire encore bien présente qui affecte concrètement leurs relations avec les services policiers de plusieurs façons :
- 1 Crainte persistante envers les policiers.
- 2Réticence au dialogue et à la collaboration avec la police.
- 3Sentiment d'être jugé ou stigmatisé, creusant le fossé avec les communautés autochtones;
Ceci créent des défis concrets et délicats pour les policiers et les policières qui doivent composer avec :
- 1 La crainte d'agir, par peur de mal faire ou de créer des tensions.
- 2 Une des conséquences et des repercussions professionnelles.
- 3 Une incertitude due à l'absence de repères clairs et adaptés au contexte culturel autochtone;
Que pouvons-nous faire?
Vous n’êtes pas responsable de ce qui a été fait, mais vous êtes responsable de ce que vous choisissez de faire maintenant.
En tant qu’employé du Service de police de la Ville de Gatineau, vous pourriez être appelé à jouer un rôle significatif auprès d’un membre d'une communauté autochtone. Voici quelques pistes concrètes pour faire évoluer nos pratiques, vos pratiques dans un esprit de réconciliation avec les peuples autochtones :
Contribuer à déconstruire les mythes et batîr la vérité au sujet des Autochtones auprès de vos collègues de travail.
Voir la suite
Développer vos connaissances sur les organismes communautaires qui offrent des services aux personnes autochtones à Gatineau.
En savoir plus
Lorsque le SPVG vous invite à prendre part à des activités soulignant des journées importantes pour les peuples autochtones, participez et encouragez vos collègues à faire de même.
Renseignez-vous sur la décision R. c. Gladu, qui souligne la surreprésentation des Autochtones en prison et l’importance d’adapter le processus de détermination de la peine. Cela vous aidera à mieux comprendre le contexte dans lequel vous intervenez, ainsi que l’analyse faite par les tribunaux au moment de juger et de prononcer une peine.
Voir la suite
Apprenez-en plus sur vos collègues qui ont eu une expérience dans les communautés autochtones.
En conclusion
Nous espérons que cette formation vous a permis de mieux comprendre les événements historiques qui ont marqué les peuples autochtones. Elle vise à créer des liens clairs entre ce passé et vos futures interventions auprès des Premières Nations, des Inuits et des Métis.
L'objectif est simple :
Continuer à bâtir un lien de confiance solide avec les peuples autochtones.
Merci pour votre ouverture et votre engagement.Miigwech kidanishinaamowin miinawaa kidibaadendamang Anishinaabemowin.
















